04.03.2009

Les Charognards des Mers 8

Où nos héros doivent faire face à la Colère d'Héphaistos et doivent accomplir le Sacrifice Ultime pour s'en sortir...

 

Le Réveil de l’Eîgdäfellt.

Mokr eut un instant d’hésitation. Une torpeur inhabituelle envahissait peu à peu son crâne, en rampant doucement. Il se souvint vaguement que la vampire venait de le mordre. Il se battait bien contre elle depuis un moment mais il ne se souvenait pas du motif de leurs duel. Le sol se déroba sous ses pieds avec un craquement. Il tituba. Soudain une vision l’envahit avec un stupéfiante netteté, il avait tué Saüpye sur les ordres de cette merde de Clômborot, lequel était mandaté par cette raclure de Dowd. La petite femme lui avait opposé une détermination impressionnante. Jôkanés avait disparu juste après son combat bizarre contre Croc-Blanc, un mercenaire Hyksos sans aucune importance. Clômborot avait provoqué artificiellement une de ses crises de folie destructrice. Il n’avait pas du tout reconnue la vampire avec qui il avait pris un verre, dans la taverne délabrée.
Mais pour l’heure, en dehors de sa main percée, complètement insensibilisée par le poison et la puanteur du volcan, il ne savait quelle décision prendre. Il avisa son épée, perdu dans un monceau de débris, sous une passerelle qui craquait dangereusement. La vampire lui faisait face, torse presque nue, recouverte de sang, deux petites dagues en main mais la secousse l’avait fait tituber. Elle avait noué la chaîne autour de sa main gauche. Mokr se précipita vers son Ecraseur, il était épuisé et il avait besoin de son arme si le combat contre la vision cauchemardesque de l’immortelle devait se poursuivre.
Deux énormes pylônes soutenant le deuxième étage se brisèrent. Des tonnes de bois se déversèrent en chute libre sur les duellistes. Mokr récupéra son bien, s’écartant d’une roulade sur le côté. Il se releva pour fuir vers la sortie avant que les murs ne s’effondrent. Il regarda une dernière fois derrière lui. Alita venait de faire un spectaculaire glissade pour esquiver les débris qui pleuvaient drus. Elle portait dans ses bras une petite Tashline inconsciente à la main gauche mutilée. Le toit s’écroula quelques secondes plus tard en un nuage de poussière et de débris dans un mugissement de créature mourante.
Mokr, courait derrière le capitaine Dowd pour le rattraper. Les amazones suivaient juste sorties de l’entrepôt qui ne tarda pas à s’affaisser totalement. Le volcan craqua de méchante manière et d’épais nuages de cendres noires fondirent sur la ville. La panique régnait en maîtresse sur le port pendant que des éclairs d’électricité statique illuminaient de temps à autres la bouche rougeâtre du monstre lithologique. Certains témoins épouvantés observaient la montagne enfler, ses flancs gronder en provoquant d’innombrables éboulements. Déjà, présage de l’énorme catastrophe, des fleuves de boues creusaient des sillons dans les venelles, emportant des tas de débris qui aboutissaient dans une mer qui se retirait sur des centaines de mètres, laissant un littoral de pierres nues et de navires échoués.
Mokr fut bientôt entouré par une meute hurlante, épouvantée. Il devait se concentrer pour combattre les effets du venin associés au contrecoup de sa crise. Les rares navires étaient pris d’assauts par les badauds. Mokr et Dowd jouèrent de la lame pour se frayer un sanglant chemin vers l’Espadon, fendant une foule en proie à la panique. Les hommes de Dowd distribuaient des flèches et des coups de sabres pour repousser une cohue hurlante de terreur. Même la vision du Hyksos ne parvenait plus à repousser la plèbe qui s’accrochait au guerrier, le suppliant. Mokr, sous une nouvelle poussée d’adrénaline, écrasa des têtes au hasard, dans une horreur totale qui lui prit les tripes. Ils tuèrent une centaine de personnes avant que les rangs de la foule ne refluent. Mokr lança Dowd à l’intérieur de « L’Espadon » avant de pouvoir grimper grâce à une corde lancée par les esclaves.
Des hommes hurlants le suivirent mais, tandis que des bras hissaient le Hyksos, les pirates égorgèrent sommairement ceux qui étaient parvenus jusqu’au ponts. Ils balancèrent les cadavres encore chauds sur la grappe humaine qui s’agrippait à la corde de chanvre avec l’énergie du désespoir.
« Clômborot hurla Dowd pour dépasser le boucan incroyable, il est temps d’user de vos talents ou nous allons crever !! »
Mokr aperçut le magus montant vers le poste de vigie. Une fois installé, il ouvrit ses bras. Un mugissement inaudible sortit de ses lèvres parcheminées. Les fils métalliques lui brûlèrent cruellement la gorge mais bientôt six éclairs jaillirent du ciel, répandant une forte odeur d’ozone. Les flèches lumineuses frappèrent les hommes d’Ölonaërk, les carbonisant en quelques millièmes de secondes. Horrifiée, la meute se dispersa vers d’autres embarcations, beaucoup plus fragiles, en pure perte.
Le magus continua d’haranguer les éléments et un véritable tourbillon de vent se forma autour du navire, le soulevant peu à peu au dessus du sol. Mokr s’agrippa au pont pour se relever, observant l’ascension de « l’Espadon » à travers l’œil du cyclone.
La silhouette du volcan gonfla. L’énorme explosion perça les murs d’air de Clômborot et projeta Mokr à terre, presque sourd. Le bruit se faufilait dans tout son être, tapant sur ses os et ses organes internes comme sur une vulgaire calebasse. Ses oreilles sifflèrent. Certains des hommes de Dowd gisaient à terre, les tympans éclatés par la baffe sonore de l’explosion.
Dans un hurlement la nuée ardente dévala les flancs de l’Eîgdäfellt pendant qu’un énorme raz de marée engendré par le tremblement de terre se précipitait pour avaler les côtes. A l’extérieur de la coque protectrice des vents appelés par Clômborot, l’enfer se déchaînait. La montagne, maintenant raccourci de cinq cents mètres, débordait sur tous ses flancs. Propulsé par les gaz et le magma, une gigantesque nuée ardente aux sombres volutes fonça sur la petite ville en charriant des morceaux de lave à des vitesses inimaginables. Les gaz brûlants tuèrent sur le coup presque tous les habitants. Les rocs en fusion disloquèrent les chairs racornies. Les baraques de bois n’eurent pas le temps de brûler, déjà emporté par un sirocco létal. Le panache de fumée noire qui surgissait en une gargantuesque colonne de la caldeira agrandit se métamorphosa en un énorme champignon nuisible, bouchant tout le ciel pour mieux dissimuler aux yeux des dieux le massacre. La nuée s’abattit en hurlant sur le littoral et les pierres en fusion sifflèrent au contact de la mer qui se mit à bouillir autour de l’île, projetant des panaches agressifs de fumée blanche. Les roches brûlantes tombaient en hurlant des cieux, creusant des petits cratères dans des territoires réduits en cendres.
Le cône protecteur de Clômborot fut transpercé par ce fléau du ciel. Certains hommes autour de Mokr eurent la tête ou le torse perforés par ces éclats. Une pierre transperça le sol, tout près du Hyksos. Il se dirigea vers l’avant du bateau, recevant dans la figure un nouveau souffle de vent frais.
Derrière le mur une falaise liquide de plusieurs centaines de mètres s’abattit sur l’île, nettoyant les rares survivants. Au sommet de son mât, Clômborot tomba d’épuisement et « l’Espadon » chut sur la mer déchaînée. Le choc renversa Mokr qui glissa sur toute la longueur du navire pour se cogner la tête contre un mat. Il sombra dans de froids abysses.

 


 

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