29.10.2008
BD 2 Le retour!!!!
Et donc revoici l'annonce pour la BD que je scénarise avec les dessins du talentueux Nicolas Pitz. Comme l'hébergeur écrase les images, celle-ci est un chouïa crado mais elle rend mieux sur le site. Notons aussi que ce sinistre personnage n'est autre que le héros, en phase avec un univers ou tout le monde est, à un moment ou à un autre, une pure ordure!!
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21.10.2008
Les Charognards des Mers 4
Où l'on retrouve notre belliqueux barbare qui s'en va défendre l'honneur d'une pauvre orpheline.
4.
Un traître à bord.
Mokr s’ennuya ferme pendant la traversé. Il n’avait pas encore fendu les mers, se perfectionnant dans son art de l’épée. Il n’avait voyagé que sur un transport de marchandises, en tant que passager clandestin pour fuir son pays ou sa tête valait 20 Klicks ce qui équivalait à 100 drachmes or, une fortune pour les aventuriers en tout genre. Il pouvait en affronter quelques-uns mais au bout d’un moment la traque aurait tourné à son désavantage. Il avait fuit, préférant amasser une fortune et lever une véritable armé de fines lames pour laver l’honneur souillé de son légitime souverain.
Il regardait les matelots s’activer sur les voiles. Clômborot, cette terrifiante momie desséchée à l’intelligence mauvaise s’avançait parfois à l’avant du navire pour « chanter » doucement. Mokr percevait à peine les faibles babillages du magus. Les fils de cuivre qui jaillissaient de sa gorge rougissaient et donnaient naissance à des brûlures hideuses et purulentes sur la chair de Clômborot. Une odeur d’humain frit environnait en permanence le magus et même le vent du large n’atténuait pas cette puanteur sinistre. Après le chant inaudible, une fine brise gonflait les voiles de « l’Espadon », augmentant sa vitesse. Loin devant eux, la lourde galère de Banshie n’était qu’une particule noire sur l’étendue marine sans cesse en mouvement.
Cela faisait plus d’un mois qu’ils voguaient. Parfois Dowd invitait Mokr à souper mais celui-ci se défiait de plus en plus du pirate aux dents de requin. Il préférait passer son temps sur le pont. Le temps se diluait et il avait des difficultés pour faire le compte des journées. Un soir, contemplant le ballet de dauphins attrapant des poissons volants, Mokr fut le témoin d’un étrange manège.
L’esclave de Clômborot, une mignonne blonde d’à peine quinze ans aux yeux triste d’un bleu délavé, à la lippe tordue par un intense souffrance intérieure s’avança vers la proue. Elle attendit la nuit tombante, laissant ses cheveux blonds flotter dans le vent, plongeant son regard dans une mer d’encre. Mokr la surveilla d’un œil curieux. Une roussette voleta autour d’elle, pépia. Chose incroyable, la fille suivait avec le plus vif intérêt la course aérienne saccadée de la chauve-souris. Elle se mit ensuite à faire d’élégants signes de mains, traçant des figures sinueuses que l’animal sembla comprendre. Mais peut-être n’avait-elle pas fait assez attention à d’autres présences car deux hommes surgirent à ses côtés. L’un d’eux s’avança vers elle tandis que le deuxième avait sorti d’une gaine un couteau de lancer bien équilibré.
Mokr devança le problème. Il s’avança vers la fille en se découvrant de sa cape. Il avait abandonné depuis longtemps son armure qui reposait dans les cales presque vide. Régulièrement Mokr graissait sa seconde peau de métal. Il avait peur que cette petite perle d’articulations d’aciers, construite par un des meilleurs artisans des Terres Froides, le grand maître Forgeron Këlthczk ne rouille ou pire soit volée pièces par pièces par un des gibiers de potences composant l’équipage de Dowd. Il portait un vieux pantalon de cuir attaché par une large ceinture à boucle. Sa large épée et son fourreau de bois toujours fixé dans son dos par une solide courroie de cuir. Les nuits se rafraîchissaient comme on se rapprochait des Terres Froides et il avait enfilé en conséquence sa vieille cape en peau de tigres blancs aux dents de sabre. Il se pencha sur la petite humaine en lui tendant la lourde cape, son large torse nu faisant écran entre elle et les deux pirates. La fille sursauta en devinant sa présence. La chauve-souris se sauva, échappant à la dague qui lui destinait le second de Dowd.
« Vous allez attraper la mort ainsi. »
La fille observa le faciès difforme du Hyksos, ne sachant comment réagir tandis que l’épaisse cape à la longue fourrure blanche striée de noire l’enveloppait, pesant sur ses épaules. Elle demeura interdite pendant quelques secondes. Il était exact qu’elle souffrait de la morsure du vent simplement couverte d’une courte robe de soie blanche presque transparente.
« C’est mon maître qui me veut ainsi dit-elle.
- Alors vous feriez mieux de le quitter dit Mokr. »
La fille était étonnée de la voix douce et posée qui sortait de la gorge de cet homme mal dégrossi à la figure de démon.
« Et, gros con, pousse toi que j’écharpes cette traîtresse. »
Mokr ignora le cri grossier du pirate. Il concentra son attention sur la fille.
« Mais c’est peut-être pour ça que vous communiquez la nuit avec les chauves-souris, pour vous enfuir. N’est-ce pas.
- Qu’est ce que vous allez me faire demanda la fille d’une voix tremblante.
- Rien. Considérez-vous comme ma prisonnière. Ca vaut mieux pour vo… »
Mokr s’arrêta. Le lanceur de couteau venait de décocher une dague qui avait atteint l’épaule du Hyksos. La douleur le fit tressaillir. Mokr se retourna pour faire face au lanceur de couteau, constatant que d’autres matelots assurant la veille s’étaient regroupés autour du quatuor. Un sourire moqueur flotta sur le visage de Mokr. Le second borgne se frappa le visage de sa main et secoua la tête. Ca allait mal se passer mais il était trop tard pour arrêter l’engrenage fatal. Une rumeur sourde courut entre dix bouches.
« C’est une sale pute traîtresse et elle doit crever la gueule ouverte beugla le lanceur de couteau.
- Elle est ma prisonnière. J’en assume la responsabilité. Est-ce que c’est un défis, monsieur ? La voix du Hyksos devenait caverneuse sur les derniers mots.
- Ouais, c’est un défis gros tas. J’vais t’ouvrir le bide et Dowd verra que t’es rien ici.
- Bon. J’vais pas me servir de mon Ecraseur pour toi. Par contre… »
Mokr toucha la poignée de la dague plantée dans son dos et la retira lentement. Son visage de marbre ne trahit aucun signe de souffrances. Il lança le couteau à son adversaire avec un petit sourire. La lame ensanglantée se planta profondément dans le bois, au pied du pirate insolent.
« T’auras besoin de ça. »
Le visage du Hyksos se ferma totalement. Certains marins avaient commencé à parier et la majorité voyait Mokr remporter le combat. Bien que rapide, leur collègue faisait piètre figure face aux muscles du Hyksos. L’adversaire de Mokr avait fondé ses espoirs de victoire sur la lenteur du barbare tout en muscles. Il prépara cinq dagues. Il allait les lancer dans le crâne du monstre lorsqu’il s’aperçut que Mokr avait franchi la distance qui les séparait. Paniqué, il projeta un couteau que Mokr esquiva facilement.
Mokr se saisit du pirate qui, de panique, lâcha ses armes à terre. Soulevant son ennemi d’une seule main, Mokr le tint par ses vêtements à la hauteur de son visage. Le premier coup de poing brisa la majorité des dents du lanceur de couteau, les projetant sur une centaine de mètres aux alentours. Le deuxième coup défonça son nez, le transformant en un volcan de sang. Les os craquèrent. Un troisième coup lui arracha la mâchoire qui gicla en dehors du navire. Mokr rassembla ses forces pour un dernier assaut. Son immense poing droit maculé de matière organique, décoré d’esquilles dentaires, fonça sur le visage mutilé du pirate qui explosa en une gerbe de sang et de cervelle. Des morceaux de crâne retombèrent sur les voiles et glissèrent sur le pont. Mokr balança négligemment le cadavre à la flotte. Les spectateurs s’étaient reculés mais de petits bouts d’humain les avaient arrosé. Un lourd silence pesa sur les épaules. Mokr foudroya des yeux le reste de l’assemblé.
« D’autres en veulent ? »
Les pirates se reculèrent et partirent nettoyer le pont. Le second soupira, comme blasé par cette explosion de brutalité. Attiré par l’attroupement, Clômborot se glissa entre les gens pour connaître la signification de ses gesticulations. En reconnaissant son esclave favorite, il devina tout de suite ce qui avait pu se produire. Cela faisait un moment qu’il pensait à l’occire car elle n’était plus digne de confiance, elle n’obéissait plus parfaitement et avec célérité aux moindres de ses désirs. Elle s’était habituée aux drogues qui permettaient à Clômborot de s’assurer une obéissance presque télépathique de ses mignonnes.
Clômborot pouvait sacrifier une ou deux adolescentes sur l’autel de ses plaisirs, son sérail contenait encore un beau cheptel humain, éduqué par les soins d’une impressionnante matrone sadique pour obéir au moindre de ses gestes et devenir sa Voix. Deux obstacles s’opposaient à la réalisation de ses désirs, le Hyksos protégeait son bien et il ne pouvait remplacer immédiatement la fille. Il lui fallait attendre la fin du pénible voyage pour se choisir une nouvelle voix. Il devait trouver un moyen pour arracher la femme aux pognes de la brute amoureuse. Clômborot se trouva pris dans le regard stupide du tas de viande. Le barbare le détaillait avec un intérêt haineux. Clômborot ne pouvait se servir de ses pouvoirs pour griller l’homme car il avait besoin de plus d’espace. Il se contint mais parti d’un pas décidé vers la cabine du capitaine.
Mokr avait vu le magus se rapprocher de l’assemblé, se glissant comme une horrible sangsue. Le regard teinté de mépris glissa sur lui. Mokr ne put réprimer un frisson en se sentant comme souillé par une bave acide invisible émanant des prunelles noires du sorcier. Le second du capitaine Dowd s’approcha du géant. Mokr put mieux l’observer.
Un bandeau noir très large recouvrait son œil crevé. La cicatrice descendait sur sa joue creuse en une longue lézarde de peau pâle. Elle s’arrêtait près de son long manteau. Un complexe réseau de rides creusait son front et ses yeux. Une barbe moyenne, grise, couvrait les marques de la petite vérole. Il possédait une petite épée au côté dans un fourreau de cuir marron élimé assorti à son pantalon brun usé. Son crâne commençait à se dégarnir. Il nouait ses quelques longs cheveux en une queue de cheval. De son unique globe oculaire vert il surveillait Mokr.
« Restez ici le temps que le capitaine Dowd statue sur votre cas. »
Il avait en main une petite arbalète et un carreau d’acier près à voler dans le torse du Hyksos. Mokr ne l’avait pas vu sortir l’objet. Il attarda sa main près de l’Ecraseur mais le vieux pirate secoua la tête.
« Vous pouvez certes me tuer mais vous ne pouvez esquiver mon carreau empoisonnée. Il faut vous faire une raison, le capitaine Dowd vous jugera. Croyez moi, sa justice est inflexible. Vous pouvez encore tuer la fille. Serac vous a défié dans les règles et sa mort ne nous empêchera pas de dormir, croyez moi. Il était trop impulsif. Je l’aurais peut-être tué moi-même un jour ou l’autre. Vous avez prouvé votre valeur, enfin, de ce point de vue. »
Mokr tourna légèrement la tête vers la fille qui se tassa dans les fourrures épaisses, craignant que le géant revienne sur son idée, encouragé par la voix rocailleuse du vieux loup de mer. Mais Mokr se contenta de soupirer et de sourire.
« De toute façon je suis l’invitée du capitaine Dowd et le destin de cette fille m’appartient.
- Quel dommage soupira le second en secouant la tête. »
Mokr n’eut pas trop longtemps à attendre car Dowd arrivait à grand pas, accompagné par son âme damnée, Clômborot aux noirs regards pleins de malédiction.
« Une sale femelle !!, Une misérable bouche supplémentaire. Par les Dieux, pourquoi ses foutues entrailles ne décorent pas mon pont !! Pourquoi l’équipage ne se détend t-il pas avec cette petite salope. »
Il éructait les obscénités en braillant, montrant ses dents de requins prêtent à mordre. Il sorti son épée fétiche de son fourreau et la mit si rapidement sous la gorge de Mokr que le géant ne put faire un seul mouvement. L’épée brillait faiblement dans la nuit d’une lueur verdâtre. Des dessins compliqués, sinueux, couraient sur la surface de la lame, fabriqués par l’accouplement d’alliages étranges dans la chaleur d’un feu infernale. La longue lame cruellement dentelée vibrait doucement sous le menton du géant. Elle lui parut presque vivante et un cœur de mort battait sous l’acier.
« La Scie réclame son sang dit Dowd avec un mauvais sourire. Ecartez-vous, que je lui coupe ses nibards pour les lui faire bouffer !!
- Allez vous faire foutre Dowd. Mokr écarta d’un geste négligeant l’épée de son cou. Je me suis battue pour elle, ce n’est pas pour vous la laisser. Ni à ce taré de magicien. Elle m’appartient puisqu’elle est ma prisonnière. »
Dowd rougit de fureur puis éclata d’un rire hystérique. Il rangea la Scie dans son fourreau et retourna vers sa cabine. Clômborot le suivit, les épaules voûtées. Il pestait intérieurement de rage et jeta un dernier regard à la fille et à Mokr. Ses yeux haineux promettaient une mort douloureuse. Le second rangea sa petite arbalète dans les replis de sa cape pour vaquer à ses occupations.
« Une chose cependant dit Dowd en marchant, je veux savoir ce qu’elle a envoyé à Banshie. Faites en ce que vous voulez mais faites attention de ne pas lui briser les reins. Apparemment les femmes sont votre faiblesse, barbare. »
Dowd éclata de rire et s’enferma. Mokr se retrouva seul avec la jeune fille. Il se pencha vers elle et puisqu’il fallait parler, il réfléchit à un moyen de lui arracher son secret. Il s’assit près de la fille qui le surveillait. Mokr soupira un moment. Toute cette histoire l’ennuyait fort. Il se sentait mal à l’aise avec les femmes mais son code de conduite lui interdisait de tuer une personne ne sachant pas se défendre. Cette petite esclave n’était qu’une victime, un pion aux mains de forces qu’elle ne pouvait pas contrecarrer. Mokr avait agi de manière instinctive, en accord avec ses impressions. Depuis qu’il avait appris les arts de l’épée, il n’avait tué que d’autres escrimeurs. Il ne pouvait pas tuer de sang froid des êtres sans défenses.
« Je suis désolé de vous avoir emmené là-dedans dit la fille. Vous avez été blessé par ma faute.
- Pas grave. Je suis solide. Mokr retira les bouts d’os et de dents de sa main droite avec négligence. Vous aviez vos raisons.
- Clômborot me fait vivre un enfer vous savez.
- Je sais.
- Maintenant. Qu’est ce que vous allez faire de moi ?
- Vous déposez à la première escale serait le mieux. Ce n’est pas un endroit pour les femmes comme vous.
- Vous voulez que je vous le dise…
- Quoi ?
- Le message que j’ai transmis ?
- Ca faudrait mieux pour nous deux.
- J’ai parlé de Clômborot et de ses pouvoirs. Banshie m’a rencontré alors que mon maître m’avait envoyé pour une commission. Nous devions partir le lendemain et elle m’a promis de l’argent ainsi que la liberté. Elle cherchait à savoir quel magus finançait Dowd et ses plans. Je devais lui fournir toutes les informations sur la route suivie par Dowd. En fait, on suit depuis quelques temps le sillage de Vila Banshie. J’ai aussi parlé de l’indic de Dowd infiltré sur le navire de Banshie. J’ai surpris des conversations entre Clômborot et Dowd. Comme je suis la Voix de Clômborot, je suis au courant de ses sales petits secrets.
- Quoiqu’il en soit, ne vous approchez plus de ce foutu magus. Venez. Il faut que j’en parle à mon employeur. Ne vous inquiétez pas, je vous protégerai. »
Mokr releva la jeune fille. Elle contempla son monstrueux sauveur et baissa la tête. Mokr se dirigea vers la cabine de Dowd pour lui faire son rapport. Au-dessus d’eux un faucon des neiges fendit l’air et pépia devant la porte du capitaine. La jeune fille s’accrocha au bras du Hyksos, tremblante de tous ses membres. Mokr ne parut pas y faire attention. Il entendit ses paroles vacillantes, à peine un souffle, devant la porte de Dowd.
« Je suis Jôkanés. J’ai été capturée en Occident par des Hyksos. »
11:00 Publié dans Blog, Livre, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature





