21.08.2008

Les Charognards des Mers 2.

La suite de l'histoire mais les posts d'images ne marchent tellement pas que je renonce pour l'instant à en mettre...

 

2.

 

Discussion avec un barbare des Terres Froides.

 

Presque simultanément, dans une autre taverne miteuse du port, une entrevue semblable se déroulait. Elle impliquait un géant Hyksos de deux mètres cinquante portant une vieille armure rouillée et une énorme épée couverte de rouille dans le dos. Elle était prisonnière d’un fourreau taillé dans un bois grossier, patiné par l’usage. L’arme consistait juste en une solide et épaisse plaque d’acier triangulaire corrodée d’un poids de soixante kilos pour une longueur d’un mètre cinquante. Elle était conçue pour broyer ou aplatir les ennemis. Un sac de cuir enveloppant les maigres possessions du Hyksos gisait près de ses vieilles bottes de cuir. Le barbare du nord entraînait la peur dans son sillage. Le crâne chauve, un surprenant teint verdâtre, une mâchoire légèrement prognathe et un large front était orné de deux bosses calleuses, presque des cornes, l’identifiait comme monstre auprès de la majorité des personnes qu’il croisait.

Son vis-à-vis de tablée, un homme aux muscles noueux et aux corps couverts de tatouages noirs ésotériques faisant comme des vagues innombrables sur son torse nu avait posé une grosse bourse contenant des drachmes or. L’homme portait au côté une longue épée recourbée dans un fourreau de cuir. Un garde du corps borgne surveillait la transaction, tapotant la poigné d’un cimeterre.

Le tatoué avala d’un trait un grand verre de bière au goût de pisse. Il plongea ses yeux bleus dans ceux du Hyksos. Entièrement rasé, les dessins lui servaient de sourcils et de cheveux. Les os de son crâne ressortaient sous sa peau tannée par le sel et le soleil. Il agitait de longs doigts nerveux sur la table, tapotant régulièrement sa chope selon un rythme connu de lui seul. Parfois il souriait et ses dents blanches, sculptées en pointes, apparaissaient, créant une étrange parenté entre l’homme et le squale.

« Alors, vous acceptez ? C’est une avance. L’affaire pourrait nous rapporter beaucoup plus.

- J’ai besoin d’argent. Cependant…Vous devez me promettre une chose, capitaine Dowd.

- Je vais voir si cela est dans la limite de mes moyens.

- Je connais votre réputation, elle ne me plaît pas. Si vous agissez comme un putain de tordu, tant pis pour la prime, je vous explose. C’est compris. »

Dowd se tordit d’un rire saccadé. Il se leva pour faire un sourire torve au Hyksos.

« J’essaierai de me retenir le temps que nous finissions cette affaire. Mais n’oubliait pas, Mokr, que vous devez me rapporter le crâne de cette pute de Banshie. Et j’espère que vous êtes aussi habile qu’on le dit car peut-être que Banshie va employer une fine lame pour me tuer. »

Mokr ne dit rien. Il vida son verre insipide et s’empara du sac, laissant une pièce pour régler les consommations. Ils traversèrent les quais, faisant s’éloigner les passants de leurs chemins. Les gardes qui auraient dû interpeller Dowd se retenaient bien de le faire, connaissant l’habileté et la facilité qu’avait l’homme à jouer de sa rapière. Le trio arriva en vu d’un navire branlant qui mouillait à l’écart, « l’Espadon ».

La fine galère négligée à la proue effilée comme une aiguille, renforcé d’acier, avait été conçue pour la rapidité. Elle ne pouvait contenir un équipage nombreux mais Dowd s’en accommodait, préférant des hommes de confiance à un groupe trop important. Mokr souleva des exclamations en mettant les pieds sur le pont. Dowd calma les esprits en peu de temps. Il ordonna à ses disciples de se préparer à partir. Mokr qui n’entendait rien à la navigation alla prendre place à l’avant, observant la nuit tomber sur l’immense l’Océan des Eaux Blanche.

Après avoir perdu les honneurs, il ne pouvait espérer mieux que ce statut de mercenaire. Néanmoins quel fureur de n’avoir pu empêcher les choses de tourner aux tragiques dans les Terres Froides. Mokr haïssait le nouveau roi, ce va-t-en-guerre d’Ölöerk et son âme damnée, le magus Armitar. Il poussa un soupir puis repoussa ces vaines pensées pour se concentrer sur sa situation présente.

Son employeur du moment n’était guère plus reluisant que ses vieux ennemis. La rumeur publique disait que le capitaine Dowd ne pouvait jouir que des femmes mourantes. Il défigurait ses amantes, dévorant à belles dents les nez et les joues. Mokr ignorait si c’était la vérité mais il avait surpris des lueurs de folies danser dans les yeux du pirate. Ce qui était sûre c’est que Dowd fournissait en armes magiques les puissants réseaux extralégaux d’Hämbarg qui lui procuraient en retour une protection lui permettant de mouiller dans le port. Bien sûr les autorités officielles voulaient voir le bandit mort, écorché selon la loi, mais les trafiquants régnaient sur les quais. Ils faisaient pression pour protéger Dowd, notamment certains Magus, membres de l’Agora. Contre ce fléau qui pourrissait la ville, le roi de Gheranie, Daerthalos s’était lié à un autre pirate, lui permettant d’agir pour lui, Vila Banshie.

Banshie fouillait les sites avant Dowd, ne lui laissant que des os à ronger. Les artefacts des anciens ainsi collectés allaient dormir dans les palais du roi qui les louait ensuite aux Magus. Les vieux avares participaient malgré eux et avec force jurons aux finances de la ville. Mokr se foutait de savoir qui arnaquait qui dans ce système car il avait besoin d’argent pour soutenir la cause du véritable roi de Terres Froides, Ürüsul Güdrun, actuellement en fuite dans quelques pays d’occidents pour échapper aux agents d’Armitar, les Chevaliers de la Lumière. Malgré cela, Mokr aurait préféré travailler pour Banshie mais celle-ci n’employait que des femmes.

Mokr pesta et cracha un gros molard à terre. Il se retourna et pris la direction des cabines lorsqu’il butta par inadvertance sur un autre passager. L’homme chancela. Il foudroya des yeux Mokr en se massant l’épaule. Mokr allait répliquer mais la vue de l’homme lui ôta les mots de la bouche. Engoncé dans une longue robe d’un étrange tissu lourd et sombre, le vieil homme ne pouvait parler car sa bouche était prise dans un entrelacs de fils et de rouages qui le bâillonnait. De fins réseaux de fil de cuivre surgissaient de sa gorge pour s’enrouler autour d’une armature métallique rouillée qui était vissé à même l’os de la première vertèbre cervicale. Plantés dans l’articulation de la mâchoire, des engrenages permettaient au mutilé d’ouvrir légèrement la bouche pour s’alimenter de nourritures liquides. L’ensemble de l’ancien mécanisme inspirait la frayeur. Malgré cela l’homme ne paraissait pas souffrir. Il toisa Mokr avec beaucoup d’aplomb. Le Hyksos était près à frapper ce vieillard qui le répugnait lorsque Dowd apparut.

« Ainsi vous avez fait connaissance de notre second atout contre Vila Banshie. Mokr, je vous présente le Magus Clômborot. C’est lui qui fait la pluie et le beau temps sur cette ville. La présence de Banshie le gêne depuis de nombreuses années et il est là pour nous apporter un soutien. Je parle en son nom car comme vous pouvez le voir, la moindre de ses paroles lui coûte une effroyable souffrance. Pourtant ces mêmes paroles peuvent déchaîner les tempêtes et contrôler les esprits faibles. Maître Clômborot, voici le mercenaire dont je vous ai entretenu. »

Dowd partit sur un rire et s’éloigna pour distribuer des ordres. Clômborot toisa encore un peu Mokr avant de s’éloigner de sa démarche claudicante de petit vieux peu à l’aise sur l’élément liquide. Une jeune fille d’une quinzaine d’années à peine vint à la rencontre du vieillard et le soutint. La vue de cette jeune esclave, fort jolie, portant une aide à ce monstre ratatiné fit bouillir la rage en Mokr. Il serra la poignée de son sabre, l’Ecraseur et retourna contempler la mer se transformant en une vaste étendue ténébreuse.

  

 

12.08.2008

Bande Dessinée

Bande Dessinée.

Voici le petit site de la BD que je scénarise avec Nicolas Pitz au dessin. Vous pouvez y jeter un oeil...

http://www.design-bd.com/noir

09:27 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : bd