01.10.2006

Erreur!!

Encore une vieille obsession proche de la réalité, le cauchemar administratif! Vu les conjctures de plus en plus incertaines de notre épogue ça ne va pas s'arranger et il se peut que de tels aberrations Kafkaïennes deviennent un jour réalité. En tout cas, vous êtes prévenu! Enjoy, motherfucker!!!

ERREUR!!!

 

 

" Bonjours monsieur….Je viens vous signaler une petite erreur…..Je ne suis pas mort. "

Le préposé me regarde. Il est petit, gras et chauve. Il sent l’alcool bon marché. Il porte un pull orange et des lunettes rondes. Ses yeux noirs me fixent, me jaugent. Il me fait penser à un SS de BD sado-maso.

Il tapote un instant sur son ordinateur et revient sur moi.

" Nom et prénom’vous prie. Il a la voix rocailleuse d’un pilier de bar.

- Nathanael Wuystwinkel. "

Il tape, docile. Il regarde l’écran et plisse les yeux. Son siège pivote dans ma direction.

" Vous êtes mort le 22/12/99 à 8heure30 précise.

-Mais non, je suis-la.

-NON!! "

C’est tout ce qu’il trouve à dire, non! C’est tout ce qu’il trouve à dire. Je sors ma carte d’identité et je la lui tends. D’un geste rapide et d’une précision chirurgicale il m’ôte la carte des mains. Il sort un zippo de sa poche droite et à ma grande stupéfaction il enflamme ma carte d’identité. Il la laisse tomber dans le cendrier ou elle finit de se consumer.

" VOUS ÊTES FOU!!! Ma carte d’identité!!

-Vous êtes mort. Vous n’en avez plus besoin.

-Mais qu’est ce que……..

-SUIVANT!!! "

J’insiste pour que justice soit faite. Il m’ignore. Un autre glandu arrive derrière moi. Je me retourne. Le glandu boutonneux et le SS me regardent comme un étron. Je les gêne. Je me lève furieux et je claque la porte. Heureusement, Eve m’attend à la maison, ceci dit cette erreur administrative va nous compliquer la vie. Dehors il pleut. J’ouvre d’un geste rageur la portière de ma voiture et je me reconduis chez moi.

Lorsque j’entre dans notre modeste appartement, Eve est pleine lecture. Eve est une femme unique. Je l’ai courtisé pendant trois ans. Elle me regarde enfin et j’ai la désagréable sensation que son regard passe à travers mon auguste personne. Elle ne semble pas me voir. Une peine indicible est gravée sur son visage. Elle va à la cuisine, prépare son repas.

" Qu’est ce qui se passe Eve? "

Elle ne réagit pas. Elle se sert à manger. Je ne sais que faire. Une douche glacée me cloue sur place. Elle tient une lettre à la main. Elle la lit. Je sais ce qu’il y a écrit sur cette lettre. C’est la lettre fatale. Furieux je prends une chaise et je m’installe en face d’elle.

" C’est quoi cette mascarade? Eve, cette lettre est une simple erreur administrative.

-…….Je suis veuve……

-YOUHOU!!!! Je suis-la. "

Je secoue la main devant sa figure. Elle demeure apathique. Agacé par ce mutisme malsain je l’embrasse avec violence. Elle se laisse faire comme une poupée désarticulée. C’est ignoble et le malaise logé au creux de mon estomac ne fait que s’accroître. Je la lâche pour me tourne vers la fenêtre. La rumeur de la pluie apaise quelque peu mes nerfs. Eve sanglote.

" ….Je suis veuve….Je suis veuve…. "

Restons calme…..J’ai besoin de changer d’air. Je sors, direction un ciné-club ou l’on rediffuse Sacrée Graal des Monthy-Python…..Je crois que ça me fera du bien de rire un peu.

Je descends dans le temple de la cinéphilie et j’aboutis devant une petite caissière. Elle est plongée dans un énorme syllabus de philosophie. Je compatis et je tape sur le carreau pour signaler ma présence. Elle ne daigne même pas ciller.

Je m’emporte.

" JE VOUDRAIS UNE PLACE!!! "

Je jette la monnaie sur la caissière. Elle me remarque enfin. Son visage est impassible.

" Je ne peux accepter votre argent.

-Pourquoi?

-Vous êtes mort, ça se lit sur votre visage. Maintenant fichez le camp ou j’appelle la police. "

Je la contemple un instant. Elle reste figée comme une statue de granit. Je m’éloigne d’un pas lourd. Comment a t-elle su qu’administrativement j’étais mort. Il faut que je trouve une solution. J’erre un moment dans les rues mouillées. Je me sens fatigué, énervé, frustré. Je ne me laisserais pas ruiner. Je reviens sur mes pas et croise par hasard deux policiers. Ils m’observent un moment. Je rentre lentement dans ma voiture pendant qu’un frisson d’horreur me parcourt l’échine. Pendant un instant j’étais certain que ces gardiens de la paix allaient me demander des papiers. Qu’aurait-il pu alors advenir?

Je conduis avec cette idée démente collée au fond de ma cervelle, ces deux flics m’auraient-ils tué? Suis-je vraiment en danger sans mes papiers? Les lumières artificielles de la nuit m’éblouissent, les yeux jaunâtres des voitures me percent les orbites. Au bout d’une éternité de tourment, je suis enfin rendu à mon domicile.

La porte est fermée mais heureusement, j’ai encore les clés. Je m’appuie sur le battant de la porte avec la certitude qu’elle ne va pas s’ouvrir, que la porte elle-même m’ignore. Je commence à faire de la paranoïa aiguë, la porte s’ouvre.

A l’étage Eve dort. Je me prépare une petite collation. Les éléments commencent à se déchaîner. L’orage s’étend sur la ville. Je mange lentement et savoure chaque bouchée. Repus, je me prépare et m’étends à coté d’Eve. Elle se retourne dans son sommeil et une pensée scabreuse s’insinue en moi, me fais ricaner.

" Est-ce que tu aimes la Nécrophilie Eve? "

Eve continue de m’ignorer. Ce comportement qui m’irritait tant lorsque j’ai appris ma mort s’est transformé peu à peu en un profond dégoût. Tout en sirotant mon café, je prends la décision de refaire ma carte d’identité. Le fantôme diaphane d’Eve passe prés de moi. Elle dépose sur la table un paquet de faire-part. Poussée par une curiosité morbide, je les examine.

" Dieu a rappelé en ce 22/12/99 l’âme de Nathanael Wuystwinkel…..La cérémonie se déroulera le 30/12/99 au crématorium de …. À partir de 9h30. "

Charmant de voir que l’on pense à vous.

Je me glisse dans ma vieille deux-chevaux. Je sais exactement ce que je vais faire. Je suis décidé à rétablir la vérité et à retrouver ma vie normale. Que ce gros SS bouffi aille se faire foutre. J’ai posé à coté de moi tous les papiers nécessaires à la fabrication d’une nouvelle carte d’identité.

L’immense bâtiment gothique qui abrite la machine administrative prend corps devant moi. Il me fait ressentir toute ma petitesse de mortel. Je me gare à l’ombre du monstre et m’avance, dossier en main.

Poussant la lourde porte de bois plein, je m’élance dans la forêt de néon. Les couloirs et les portes défilent, tellement similaires. Je reconnais la porte qui mène chez le gros SS. Ce n’est pas chez lui que je vais. Il existe une chambre spéciale qui corrige les erreurs administratives. Je vois les bancs d’attente et la porte si pleine d’espoir. Je suis seule dans le couloir. Je frappe. Une voix éraillée baragouine de l’autre coté, je ne saisis rien au message. J’entre.

Au milieu d’une montagne de papiers jaunis une tête blanche dodeline lentement en soliloquant dans une langue que je ne parviens pas à identifier. Je m’approche de la tête fripée. Il m’est impossible de savoir si le propriétaire de cette tête est un homme ou une femme. Finalement il s’agit d’une vieille femme. Elle porte des lunettes de soleil rondes. Comment parvient-elle à voir alors que les lieux baignent dans un éclairage ocre des plus bas. Je m’assois en face de la vieille, sur un tas de dossier poussiéreux qui se défendent en expirant une poussière grasse qui vient voleter autour de moi. La femme, entièrement vêtue de gris ressemble à une momie, à moins qu’elle ne soit elle-même qu’un pantin fabriqué en papier. Elle a du mal à se mouvoir et ses mains sont agitées par des tremblements spasmodiques. Elle me fixe de ses yeux teintés.

" Vous êtes mort, c’est ça hein? Elle ricane.

-Non, c’est une erreur. Je ne suis mort que sur le papier.

-Mais le papier c’est la vie mon bon ami. Ce n’est pas grave, vous êtes bien tombé. C’est ici que repose les morts. Elle ricane encore.

-Vous êtes folle ou quoi? Je suis venu rétablir mon bon droit.

-Vous êtes mort. Vous n’avez plus de droit. Mes supérieurs ont jugé que vous n’étiez plus utile à la société. Cependant il y a encore de la place pour les morts prématurés.

-Quoi??

-Bienvenue dans la grande famille de l’administration Nathanael, vous avez à présent le nom de K762!! "

Commentaires

Croisement de Gide et des Mofugga Brothers ???

Ecrit par : MuMM | 01.10.2006

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